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Mariquita

Histoire d'une vie simple: la mienne
Dimanche 11 décembre 2005

 

  L’Usage Politique des personnages historiques sous la III République.

1870 -1914

 Introduction

 

En 1964 France Gall chante Sacré Charlemagne, chanson dont nous connaissons tous l’air et qui incrimine un empereur franc d’avoir inventé l’école. La vérité historique est bien évidemment tout autre, les petits romains avaient déjà leurs tablettes de cire pour nous rappeler qu’ils n’ont pas attendu un dénommé Carolus pour allez au grammaticus. Mais pourtant cette chanson, derrière le coté bon enfant, marque l’évolution finale d’un enseignement qui a été institutionnalisé en 1870 et qui existait déjà avant: celui des « Grands Hommes ». Comme le dit Louis XVIII dans le Songe de Maurepas «  Le privilège des Grands Hommes est de donner des secousses à leur siècle. » c’est à dire que ce sont des hommes, politiques mais aussi de science ou de lettres qui ont marqué les mémoires collectives et qui ont traversé les siècles, en effet un grand homme n‘est pas un héros, la Bruyère disait dans ses caractères: « Il semble que le héros est un seul métier celui de la guerre, et que le grand homme est de tous les métiers ou de la robe, ou de l‘épée, ou du cabinet, ou de la Cour (…) » . Ainsi notre Charlemagne qui aurait inventé l’école n’est pas, désolé pour elle, une invention de France Gall, mais de la III République, que celle ci à récupérer ou plutôt puisé dans un l’imaginaire collectif préexistant. De cet imaginaire elle a crée un nouvelle héroïsme adapté au temps démocratique.

 

En quoi l’usage de «  Grands hommes » ,dans la vie politique, a t’il structuré ,dans une certaine mesure, les mentalités des français ? Dans quel but ont ils été utilisé ? Ces « Grands Hommes » sont ils intemporels ou le reflet de leur temps ?En quoi cette humble étude permet elle de mieux appréhender l’histoire politique de la III République ?

 

Nous nous appuierons sur de nombreuses réflexions d’historiens pour tenter de répondre à ces questions, mais nous dresserons aussi un tableau historiographique du XIX siècle en effet ce sujet nous offre la possibilité de mettre en perspective des thèses d’historien actuelle mais aussi d’historien contemporains au sujet en effet, ceux qui écrivent cette histoire des grands hommes sont eux aussi des historiens. Nous étudierons aussi ce sujet en le rattachant aux sous groupe de l’histoire culturelle c’est à dire pour à la culture Républicaine et la culture politique de Droite.

 

Nous Verrons tout d’abord que ces « Grands Hommes » ont un statut mythique, créé, auquel est rattaché un certain culte pour ensuite chercher à comprendre les modalités de la pédagogie du « Grand Homme » pour enfin essayer de définir la portée symbolique de ces personnages vis à vis de leur temps.

I Les « Grands hommes »: origine et Représentation

 

I.1 Un contexte favorable à l’accaparement des personnages historiques

 

I.2 Des représentations nombreuses

 

II Des valeurs parfois en conflit

 

II.1 Des allégories

 

II.2 Des tensions sur le sens

 

III Le but de l’usage

 

III.1La figure de modèle

 

III.2 La fonction d’union: nationale ou partisane

 

 

I Les Grands hommes: origine et représentation

 

I.1 Un contexte favorable à l’accaparement des personnages historiques

 

Le début du XIX siècle, en France, correspond à la périodes du Romantisme; ce courant artistique peux se définir comme la volonté d'explorer toutes les possibilités de l'art afin d'exprimer des sentiments: il est ainsi une réaction contre la raison du siècle précédent: cherchant l'évasion dans le rêve, l'exotisme et le passé. Michelet ( 1798 - 1874 ) historien de renom est fils de son temps. Professeur en 1824, il commence dès 1830 son histoire de France de 19 volumes qu’il achève en 1867. Inspiré par son siècle qui redécouvre et se passionne pour le Moyen age (que les siècles précédant méprisaient), Michelet refait vivre sous sa plume des grands hommes (ou femme) comme Charlemagne, Hugues Capet ou encore Jeanne d’Arc qui ont influencé la génération d’historien qui le suit. Michelet est connu pour son style et comme les artistes contemporains n’hésitent pas à recourir au rêve pour combler des lacunes de documents ( ce que nous apprenons dans son journal ). Ainsi la véracité des faits laissent parfois à désirer mais celui justifiait ce recours au rêve en affirmant que l’idée d’histoire de France sommeillait en lui… Ainsi les grands hommes de la III République sont issus pour beaucoup de la période romantique qui leur a donné un second souffle, mais qui y a aussi ajouté une part de mythe.

 

 

La fin du XIX siècle, celle de l’autre génération d’historien (Lavisse, ou encore Monod) est marquée par la création du nouveau statut de l’enseignement supérieur, qui voit la naissance de la « Nouvelle Sorbonne » . Cette période est l’hégémonie nationale de l’histoire. En effet le nombre d’étudiant passe de moins de 2 500 en 1888 à 40 000 en 1908. De plus on assiste à la multiplication des sociétés historiques aussi bien au niveau national que local. Cette fin de siècle est aussi celle du positivisme et de la philologie allemande qui donne à l’histoire ces cadres scientifiques et son culte du document (que l‘école des chartes fondé en 1821 a préparé), ce qui change radicalement des méthodes antérieurs. Mais cette étude de nos origines, devenu rationnelle, s’accompagne en même temps de la célébration de nos origines. Autrement dit s’ajoute à cette tradition un peu mythique de nos origines, une véritable célébration de celle ci.

 

Notre période s’ouvre donc sur une passion pour l’histoire, et encore plus sur celle de nos origines: gauloises (recherche au sujet de Vercingétorix), législative (Charlemagne, Saint Louis), patriotique (Jeanne d’Arc) ou encore républicaine (Les sans culottes) … ces moments sont marqués par des recherches sur certaines époques et si nous suivons la conception hégélienne de l’Histoire, celle des grands hommes. Dans son ouvrage la Raison dans l’histoire publié en 1821, celui ci affirme que la raison se sert des grands hommes pour se réaliser. Cette pensée ramenée ici à sa forme la plus brève possible, peux nous donner une clé pour comprendre l’intérêt porter aux grands hommes. En effet la conception de l’histoire, de ces faits et de ces forces est très lié à l’étude d’un personnage. De plus cette conception hégélienne est enracinée dans le temps dans le sens ou l’histoire est vu comme téléologique, c’est à dire fixé vers un but. Pour les Républicains le progrès.

 

Enfin notre « étude » débute en 1870 c’est à dire en pleine guerre Franco Prussienne. Celle ci voit l’effondrement impérial, et est clôturée par la signature du traité de Francfort qui ampute la jeune République naissante de l’Alsace Lorraine. Cette perte territorial, la honte issu de la défaite et un réel désir de revanche marquent de leurs empreintes l’histoire du temps. On aime l’histoire et on cherche des évènements, des cas de figure, semblable. Pour Gerd, dont nous reparlerons plus bas, la défaite et la revanche on jouait un rôle central dans la sortie des personnages historiques, néanmoins il met fin à une idée reçu résumé par J.F Chanet en prouvant que «  l’idée de revanche au sens d’une idéologie offensive… n’entretenait aucun lien significatif avec le culte de Jeanne d’Arc » mais que le traumatisme consécutif à l’année terrible « fut un élément important dans le regain général de l’intérêt du peuple pour Jeanne d’Arc ». Ainsi nous pouvons aussi dire que l’usage des personnages historiques réponds aussi à une demande de la Nation et que les hommes politiques n’innovent pas énormément en s‘en servant.

 

Ainsi l’histoire de la fin du XIX est marquée par des thèmes qui ont eu un réel succès pour la génération d’historien antérieur ( les manuels qu’ils ont eu dans les mains et qui ont pu leur donner la passion de l’histoire ont été écrit par des gens comme Michelet), mais qui à partir des années 1860 sont soumis à une rigueur plus scientifique et une certaine conception allemande ( philologie, Nietzsche est philologue à la base, et historiographique, cf. Hegel). Mais ce rapport à l’histoire, et plus particulièrement à l’histoire des origines est profondément marque par la défaite militaire de 1870. Voyons maintenant où nous trouvons ces grands hommes.

 

I.2 de nombreuses représentations

 

L’usage des personnages historique lors de la III république passe par de nombreux vecteurs. En faire une liste exhaustive ne serait rendre compte des apports que cette diversité nous offre. Nous proposons dès lors une typologie. Les éléments de classification étant:

 

-Le support est il réservé à un usage individuel ou collectif ?

-Est il d’ordre ponctuel ou duratif ?

-Quel est sa fonction ?

-Didactique, artistique ou commerciale ?

 

A) Type 1: Les sources écrites.

 

Certainement en qualité et en quantité la source la plus intéressante. D’un usage individuel ( voir collectif s’il y a lecture commune mais c’est chose rare) on s’en sert pour apprendre des éléments sur la vie du personnage ou pour contempler les faits et gestes de ce grand homme, le livre a par nature une valeur durative dans le sens où l’on peut répéter cette lecture.

 

D’un point de vue artistique on peux citer les recueils de poèmes ( pour Jeanne d’Arc Claudel, Péguy…) des romans, des biographies, des récits imaginaires…

 

D’un point de vue didactique, mais par certain coté artistique dans le sens où l’on chante aussi la gloire des personnages, on peux citer des essais, des livres d’histoires, mais aussi et surtout les manuels scolaire. Des vieux « Michelet » à ceux de Sismondi ou encore plus ceux de Lavisse. Il faut aussi ici faire part des articles dans les encyclopédies. Nous distinguerons ici les deux ouvrages, les manuels scolaires et les universitaires. Nous accorderons une plus large préférence, comme les historiens des mentalités, aux manuels scolaires dans le sens ou ceux ci ont joué un rôle beaucoup plus important dans la formation d’un socle commun. En effet l’histoire du XX siècle grâce au renouveau aussi des Annales n’est pas seulement l’histoire des élites mais aussi celle du « menu peuple ».

 

B) Type 2: Les Représentations éphémères

 

Il s’agit ici des œuvres qui s’adresse à un large publique ( dans le sens ou c’est un ensemble d’individus et non pas un seul qui assiste à la représentation) pour un temps déterminé. Ce sont surtout des mises en scène des vies des personnages. Il s’agit du théâtre, du cinéma, de l’opéra, de la réclame etc. mais aussi de manifestation allant de la messe à la commémoration laïc en passant par de véritable procession comme pendant le temps de l‘Ordre Moral. Nous classons ces éléments dans cette catégorie car l’absence de moyen d’enregistrement et d’écoute à grande échelle font de ses moments des moments uniques. Même si on peux aller deux fois au cinéma …

 

Ce sont donc des moments forts où l’intensité de l’évènement laisse une marque profonde sur l’individu. Au niveau du public il s’agit plus d’adulte pour qui on remémore des souvenirs de l’enfance, ainsi les fêtes de Jeanne d’Arc rappelle aux citoyens ce qu’il a pu apprendre à l’école.

 

C) Type 3: Les représentation pérennes

 

Ce sont les œuvres de la mémoire érigées pour l’ éternité. Qu’il s’agissent de statues ( Charlemagne devant le parvis de Notre Dame de Paris, ou encore celles de Jeanne d’Arc dans les Vosges…), de monument où l’on rends une certaine dévotion, Dom Rémy la pucelle ( qui acquiert cette épithète en au XIX siècle) mais cela passe aussi par une certaine multiplication des images, allant de celle sur les emballages de produit à des tableaux, des vitraux etc.…

 

Cette forme de représentation a un statut plus latent on voit les personnages, ils sont présents, on vit avec eux… ils prennent place dans le quotidien des français.

II Des valeurs parfois en conflit

 

II.1 Des allégories

 

En cette fin de siècle du XIX siècle, les méthodes de l’histoire ont profondément évolué on l’a vu. Mais la défaite a aussi un rôle important. Ainsi les nouvelles méthodes historiques permettent d’approcher la vie de ces personnages d’une manière plus aigu. Pourtant les personnages historiques sont élevés en modèle et les ouvrages ne donnent qu’une image partielle et partiale de leur vie. Pourquoi ?

 

* Parfois les sources, élevé par les écoles historiques de la fin du XIX comme saintes, sont lacunaires, réécrites quelques années ou siècle plus tard ou alors totalement partiales que dire en effet des vie de Saint Louis écrite pour beaucoup à base de son procès de canonisation et de son hagiographie.

 

* Les ouvrages qui mettent en valeur ces personnages sont issus de manuels scolaires du primaire, il est évident qu’un devoir de simplification s’impose à ses rédacteurs. Même si parfois nous tombons dans la caricature. Ainsi certains traits de caractères sont exagérés ou occultés, le tout parfois très romancé alors qu’un des objectifs est un style épuré. Pourquoi ce retour au vieux démon de l’historien ?

 

L’influence des Humanités, langue grecque et latine, joue un rôle primordial dans les mentalités des historiens de la III République. En effet tout grand parcours scolaire comprends une étude approfondie des langues de Tite Live et de Plutarque. L’école française est donc un vivier de ces langues anciennes mais Lavisse en 1912 écrit dans ses souvenirs «  Je reproche aux humanités qu’on nous enseigna, d’avoir étriqué la France ». Autrement dit l’étude des humanités n’a pas su exalter le sentiment national français et a sous entendu entraîné la défaite de La France face aux prussiens et à la puissance de leurs instituteurs en effet, ces personnages ont cristallisé sur eux une partie des haines et explications de la défaite, on peux lire dans le Journal du 2 mars 1906: « c‘est l‘instituteur allemand qui nous a battu en 1870 » . C’est pourquoi l’histoire acquiert sous la III République une place plus importante (mais cette évolution est antérieur). Elle a la mission de former au sentiment national. Mais y a t’il une rupture importante, selon nous, non ? Les historiens de l’avant Première Guerre mondiale ont été très marqués, même inconsciemment par l’enseignement qu’ils ont reçu. L’histoire antique, de langue grecque comme Plutarque et ses vies parallèles ou encore de langue latine comme Salluste ou mieux Tite Live, n’ont pas la même conception de l’histoire que nous. L’histoire à cette époque est avant tout un récit réel mais pas forcément véridique. La vérité n’étant pas la fin de leur entreprise. L’histoire est une magistra vitae c’est à dire une école de vie. Ainsi les personnages historiques sont célébrés pour des qualités ou défaut qui ressortent de leur personnalité. Les historiens du XIX et encore plus les auteurs des manuels scolaires reprennent cette technique d’écriture. En leur conférant les principes et valeurs de leur temps. De plus pour J.F Chanet le schéma du père qui fait la morale est central. Cet historien y consacre une sous partie de son article intitulé « mon père, ce héros » où il montre que pour les fondateurs de l’école républicaine les héros scolaires ( qui sont repris à l’âge adulte) doivent « prendre place sur une échelle des valeurs dont les sens premier doit être fixé par le regard de l’enfant sur ses parents ». Il appuie sa thèse en se référant à la « lettre aux instituteurs » de Ferry du 17 novembre 1863. Enfin un peu plus loin ou J.F Chanet tente de montrer les mécanismes de la pédagogie des grands hommes il cite une phrase d’Alain écrite en 1912, a voici: « l’enseignement moral repose sur le culte des héros ».

 

Arrêtons nous quelques instant sur le rôle de l’enseignement des grands hommes. Celui ci contribue indéniablement à l’implantation d’une culture commune, mais quelle culture ? Il s’agit de la culture Républicaine, au sein de l’école de la République. Nous sommes ici dans un des thèmes cher à l’histoire culturelle. J.F Chanet dans son livre L’École Républicaine et les petites patries ( où il bat en brèche la thèse de la lutte de la République contre les langues régionales) en est un excellent exemple. Ainsi nous pouvons affirmer que l’étude des grands hommes dans l’école Républicaine a été centrale dans la formation d’une culture Républicaine en France, et pour cela nous ne pouvons pas ne pas citer ce que P. Contamine cite lui même dans son article sur Jeanne d‘Arc dans la mémoire des droites: il cite un certain Henri Béranger qui a écrit dans l‘Action le 14 avril 1904: «  Nous avons tous été façonnés dans les lycées, avec le cule de l‘imagerie patriotique, tel qu‘Henri Martin et Michelet la mirent à la mode il y a trente ans… » . Voyons maintenant quelle valeur de la république ces personnages ont ils véhiculé.

 

Énumérons donc les personnages historiques et les qualités morales ou les défauts que l’ont leur a attaché. En n’omettant pas de signaler qu’il y différente catégories: les héros fondateurs, les héros à l’échelle locale, ceux de la République…

 

- Vercingétorix : courage, lutte contre l’envahisseur romain, premier patriote, sacrifice

- Clovis à Soisson :

- Charlemagne: législateur, ami des lettres, fondateur école

- Louis IX ou Saint Louis: roi justicier

- Jeanne d’Arc: lutte contre l’envahisseur, courage, patriotisme populaire, sacrifice

- Henri IV: roi bon, paix

- Louis XIV: roi conquérant qui unifie la nation

- Louis XV: roi fainéant qui a perdu l’empire coloniale

- Voltaire

- Révolutionnaires, soldats-citoyens (J.F Chanet) mais aussi soldats de 1870, sacrifice

- Pasteur : fait avancé la science ( contribue au progrès… à cette époque un leitmotiv)

- Hugo : républicain ( donc pour l’époque progressiste)

 

Cette création d’allégorie ( de  «allos» autre et « agoreurein» parler, représentation d’une idée ou d’une qualité morale au moyen d’une image concrète, celle d’un être vivant par exemple) entraîne bien évidemment une simplification de l’histoire de ces personnages ou leur vie est résumé dans un haut fait, comme pour Clovis.

 

Nous aimerons ici faire une place au concours patriotiques de 1906 rapporté par J.F Chanet pour donner un autre angle au sujet. Nous nous contentons de traiter ce sujet à partir des grands hommes nationaux et plus particulièrement de Jeanne d’Arc, mais comme nous le rappelle l’excellent article de M Chanet il ne faut pas oublier que les grands hommes que l’ont trouve dans les écoles sont pour beaucoup des personnages locaux qui ne se sont pas forcément illustrés par les armes. Celui ci d’ailleurs offrent un décompte intéressant. Avant de vous le livrer néanmoins nous tenons à dire que ce régionalismes s’explique du fait que le concours demandent aux instituteurs autrement dit les hussards noirs de la République de prendre un héros de leur région. Tout d’abord regardons les périodes historiques choisies par ces professeurs. Puis ensuite regardons les vertus attachés à ces Grands hommes.

 

 

 

Que dire de cette étude? Elle nous démontre un élément important de la culture Républicaine que les historiens d’histoire culturelle mettent à de nombreuses reprises en lumières: c’est le syncrétisme Républicain. Cette capacité qu’à la République à s’accaparer de figure et symbole et de les faire siens. Que dire des rois de France qui entre dans le Panthéon Républicain comme Henri IV ? Que dire de la présence d’homme d’Église même si Fénelon il est vrai bénéficie d’un statut plus libéral. Encore aujourd’hui un des lycées publiques de Lille porte le nom de cet homme d’Église qui se battit pour l’enseignement des filles. Ainsi l’usage politique des personnages historiques est lié au syncrétisme républicain. Et pour finir nous tenons à remettre en avant que ce ne sont pas que les Grands hommes qui ont une place importante dans ce panthéon, la part importante des humbles soldats ou de techniciens montrent bien que le Grand homme est assez proche « du Français moyen » et que chaque personne par son sacrifice ou son obéissance peux sauver la République.

 II.2 Des tensions sur le sens

 

L’usage politique des personnages historiques se fait par plusieurs personne ou groupe qui ont souvent des points de vue opposé, ce qui entraîne des tensions sur le sens et les valeurs attachées aux personnages. Intéressons nous au cas de Jeanne d’arc, très bien rapporté par Michel Winock dans Les lieux de mémoire. Et étendons maintenant notre vision de l’histoire culturelle, ajoutons à l’étude de la culture républicaine, la culture politique en général .

 

Jeanne d’arc a une « mémoire disputée » par trois communauté: les catholiques, le républicains et les nationalistes. Voyons leurs appropriations et la place de celle ci dans leurs cultures politiques ( puisque même les catholiques ici peuvent être ramené à cela même si nous insistons ils ne s’y réduisent pas)

 

- Les catholiques: Ils voient en Jeanne d’arc une sainte, elle occupe dans la littérature on l’a vu une place importante mais c’est surtout après la défaite qu’elle prends un rôle important. En effet dans les années 1873 à 1875, le retour à « l’ordre moral » fait renaître le culte de la patronne qui bouta les anglais hors de France ( dans le même ordre l‘élévation du sacrée cœur à Montmartre a pour but l‘expiation des péchés qui ont entraîné le désintérêt de Dieu pour la patrie). Le procès de canonisation débute en 1894, il s’achève en 1920 par la canonisation, mais ceci est plus un geste politique du Saint Siège. Le procès a profité des nombreux travaux de recherche de documents, en partie grâce à l’école des Chartes (fondé en 1821) qui est un élément fondateur de la recherche historique de la fin du XIX siècle.

 

C’est d’ailleurs sur ces documents que les adversaires de cette récupération par l’Eglise s’appuient. En effet, Jeanne d’Arc a été abandonné par son roi et brûlé par l’Eglise pour les républicains qui revendiquent le personnages. C’est pourquoi en mai 1878, moi de la fête de Jeanne d’Arc, ceux ci organisent une contre manifestation et déposent une gerbe avec cette inscription: «  A Jeanne la Lorraine. A l’héroïne française, à la victime du cléricalisme ».

 

 

- Les républicains: Malgré la Pucelle de Voltaire, véritable critique du personnage et les différentes thèses sur la folie de Jeanne d’arc dans la première moitié du XIX siècle. Jeanne d’arc est devenue un symbole républicain. C’est en 1840 que s’amorce le virage, grâce au positivisme, en effet pour Comte Jeanne d’arc marque la fin de l’age théologique: « Honorons dignement l’incomparable vierge qui délaisse l’impuissance théologique et qui va souiller même en France, le cynisme théologique ». Jeanne est originaire du peuple, elle est à l’origine du futur cri « Vive la Nation » à Valmy en 1792. Mais les républicains ne sont pas tous d’accord sur la valeur centrale à lui accordé. Cf. tableau

 

- Pour les nationalistes, issus de milieu catholique ou alors républicain ( après le boulangisme) elle est celle qui a épuré la nation, elle est vu comme un symbole de lutte contre tout ce qui corromps la nation, allemand, anglais mais aussi et peut être surtout le juif. Barrès écrit en 1914 «  son culte est née avec la patrie envahie, elle est l’incarnation de la résistance contre l’étranger »

 

 

Tableau résumé:

 

 

Jeanne d’Arc

Catholiques

Opportunistes

Radicaux

Socialistes

Extrême droite

Fait retenu

Appel de Dieu

Libération Orléans

Lutte contre ecclésiastique

Origine sociale

Victoire sur Anglais…

Qualité attachée

Foi, piété

Courage, sacrifice

Détermination sacrifice

Courage

Nationalisme

Symbole

Catholicisme

Patriotisme

anticléricalisme

Lutte des classes

Antisémitisme

III Le but de l’usage

 

III.1La figure de modèle

 

Maintenant que nous avons vu les représentations des personnages historiques ainsi que les membres de la société qui s’en référent voyons qu’elle est on été les buts de cette appropriation.

 

L’un des buts principales de l’usage que les politiques font des personnages historiques est de former les citoyens au sentiment patriotique et d’augmenter leur fidélité au régime républicain en ce qui concerne l‘école. L’histoire s’ajoutant ici au cours de morale du matin.

 

Balayons une objection, pourquoi les républicains usent ils de personnage royaux pour imposer le régime républicain ? Nous l’avons déjà dit la conception de l’histoire à cette époque est dans une optique de progrès… ces personnages sont des figures de progrès et se dirigent immanquablement vers la république forme parfaite, fin du progrès pour la forme politique, autrement dit la réécriture historique est pour certain évidente: Ainsi Charlemagne apporte dans l’imaginaire collectif l’école et l’administration, Saint Louis la justice, Jeanne d’Arc ce patriotisme du peuple… et l’étude de ces grands hommes à travers les manuels scolaires conduit le jeune citoyen à devenir un bon républicain et un patriote. Dans les valeurs les plus attachés aux grands hommes il y a le sacrifice et l’obéissance.

Néanmoins comme le rappelle J.F Chanet dans son article la fabrique des Héros, il ne faudrait pas réduire l’école de Ferry à une simple préparation de la revanche cela serait comme il le dit « prendre, dans son programme, la partie pour le tout. » Mais il est évident poursuit il que la III République né de la Débâcle « ne peux dissocier sa propre consolidation du relèvement de la patrie »

  

III.2 La fonction d’union: nationale ou partisane 

Le personnage historique joue aussi un rôle important d’union, de rassembleur. Pour Philipe Contamine; ce projet d’union est évident, il s’appuie ici sur le « projet Fabre » qui propose à la chambre le 30 juin 1884 que « La République française célèbre annuellement la fête de Jeanne d’Arc, la fête du patriotisme. » dans le but de « rapprocher tous les français , hommes et femmes, républicains et monarchistes, croyants et libres penseurs, dans une même communion enthousiasme ». M. Winock en ce qui concerne Jeanne d‘Arc a la même idée: lors d‘une commémoration c‘est l‘ensemble des citoyens issu de l‘école républicaine qui communie avec le même socle de connaissances.

L’étude de ces récupérations politique de grands hommes montrent ici un grand intérêt, comment expliquer l’importance du nationalisme, comment expliquer cette communion lors de la Première Guerre mondiale, union sacrée, union du front arrière, une partie de la ténacité du front.

Pour J.F Chanet cette culture que chaque citoyens français à reçu « à la veille de la Grande Guerre aussi visibles que soient les clivages français, le libéralisme républicain a permis de reconstituer un socle commun de valeurs communes, de souvenirs partagés, de références patriotiques élémentaires. » . Et bien cette usage permet d’expliquer des phénomènes, que l’on discerne mais dont les causes étaient inconnues ou pressenti mais prouvées d‘une manière peu satisfaisante , en partie parce que les méthodes de l’histoire politique ne permettent pas d’accéder au même matériaux et explication de l’histoire culturelle et des mentalités. Qui devient un très bon adjuvant. L’histoire culturelle ici parvenant à révéler l’origine du nationalisme français.

 

Donc ces personnages rassemblent la nation sur des valeurs communes, tel qu’ils sont enseigné à l’école, c’est pourquoi on voit Jeanne d’Arc être appelé pour assuré la fusion de la nation. Mais cet apprentissage est parfois détournée. Pour Jeanne d’arc toujours, celle ci est récupérée par l’extrême droite comme le fer de lance contre l’antisémitisme, l’anti-franc maçonnerie, elle vise à rassembler des partisans en excluant de la Nation d’autre groupes. En effet une série de rassemblements de jeunesse ou d’adulte se placent sous le patronage de Jeanne d’Arc qui devient un symbole de la « France pure ». L’article des lieux de mémoire offre une étude de la part de Jeanne d’arc dans la culture des droites mais la meilleure analyse est faite par P. Contamine. Celui ci nous narre les événements du 5 d décembre 1884, et d’une manifestation contre « les insulteurs de Jeanne d’arc »; et nous dresse par là la liste des personnes contre lesquelles on s’emporte: « le bloc des francs maçons, des juifs, des persécuteurs, des mouchard, du parlement pourri, des panamistes, à la lâche reculade de Fachoda, à Dreyfus, à Jaurès…. » Mais le plus édifiant de cette récupération partisane du personnage de Jeanne se retrouve d’une manière évidente dans le livre d’or de la maison de la Pucelle: « O sainte Jeanne, je déplore les divisions qui affaiblissent la France comme autrefois les Armagnacs et les Bourguignons. Boutez hors de France les juifs et ramenez à Dieu les francs-maçons ». Ainsi le personnage est un pilier de la culture de l’extrême droite en France ( mais aussi en partie d’une droite plus classique) on s’y réfère, on se place sous son patronage, son nom, son histoire deviennent des symboles, qui malgré les efforts des républicains de gouvernement devient un symbole de la droite donc d’un clivage plus que d’un rassemblement. Aujourd’hui, pour faire le lien, le FN, revendique le personnage de Jeanne d’Arc, il tient ces meetings à Paris où a été élevé une statue en l’honneur de la pucelle et se rends en véritable pèlerinage à Domremy. Mais comme chaque année on lui conteste cette accaparement… la querelle qui s’est assagie existe t’il elle toujours ? ( cette question peux expliquer une partie de l’intérêt porté au personnages)

 

Conclusion et perspectives

 

Notre étude s’arrête en 1914 et ne s’intéresse donc qu’à la mise en place de la pédagogie des grands hommes au sein de l’école républicaine et à son utilisation dans la vie politique. Néanmoins il convient ici pour conclure de parler de trois choses. Tout d’abord tenter de cerner les apports de ces articles pour l’histoire culturelle. Ensuite pour l’histoire politique et enfin d’étendre la perspective.

 

D’un point de vue histoire culturelle nous nous sommes intéressés à la culture républicaine, à ses vecteurs ainsi qu’à l’incidence sur les contemporains et au fait qu‘elle a aussi contribué à enrichir les cultures politiques de Droite. Mais il faut aussi comme le fait J.F Chanet voir l’incidence de cette culture républicaine face à la guerre, et ses incidences sur la culture de guerre, autre composante de l’histoire culturelle. On l’a annoncé, ce socle commun, durant la guerre va permettre à tous de communier dans l’effort de guerre, l’union sacrée et la mise en veille des questions qui déchirent le paysage politique français comme la question cléricale ( bien que bien réglée en 1905) permettent à tous de se retrouver, de se retrouver d’autant plus facilement que ce qui a opposé permet en faisant tomber les débats secondaires de trouver en son ennemi d’hier un ami qui partage certaines valeurs, comme pour Jeanne d’Arc

 

D’un point de vue histoire politique maintenant, il est évident que l’histoire culturelle ici renouvelle un vaste champs étudié par l’histoire politique mais don les réponses étaient non pas insuffisante mais semblaient parfois manquaient de consistance… Nous pensons que l’histoire culturelle est un très bon adjuvant à l’histoire politique qui ne peut se passer des perceptions de la Nation.

 

Enfin cette « étude » offre, à notre grand regret, qu’une partie limitée et volontairement lapidaire d’un sujet dense. Il resterai à étendre le sujet à des imites plus vastes, voir les incidences de cet enseignement et de l’accaparement par les forces politiques de grands hommes fédérateurs, de les confronter avec les thèses de Raoul Girardet sur les mythes et mythologies de l’histoire de France et de leur incidence, de voir si ce culte des grands hommes porté à son apogée sous Vichy et pourtant hérité de la III République a été ensuite totalement supprimé de l’inconscient collectif ou encore aujourd’hui le grand homme joue un rôle centrale ?

 

 

 

 

 

Bibliographie

 

Ouvrages généraux

 

CHANET, Jean François, La Fabrique du héros « pédagogie républicaine et culte des grands hommes de Sedan à Vichy » Vingtième siècle. Revue d’histoire, n° 65, janvier-mars 2000, p. 13-34.

 

NORA, Pierre,«  L’Histoire de France de Lavisse », in Les Lieux de Mémoire, Tome II la Nation, Paris

 

Ouvrages sur un grand homme:

:

 

MORRISOY, Robert, « Charlemagne », in Les Lieux de mémoire, Tome, Paris, 198

 

CONTAMINE, Philippe, « Jeanne d’Arc dans la mémoire des droites » in Histoire des droites en France, dir. J.F Sirinelli, Paris, Gallimard, 1992

 

GERD, Krumeich, Jeanne d’Arc à travers l’histoire, Albin Michel, Paris, 1993

 

WINOCK, « Jeanne d’Arc », in Les Lieux de mémoire, Tome, Paris, 198

 

 

 

par Lukas publié dans : Cours, notes et exposés
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Dimanche 11 décembre 2005

"La conscience de soi est en soi et pour soi quand et parce qu'elle est en soi et pour soi pour une autre conscience de soi. C'est à dire qu'elle n'est qu'en tant qu'être reconnu"

Phénoménologie de l'esprit Hegel

par Lukas publié dans : Réflexions
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Dimanche 11 décembre 2005

"I.2. Supprime donc en toi toute aversion pour ce qui ne dépend pas de nous et, cette aversion, reporte-la sur ce qui dépend de nous et n’est pas en accord avec la nature. Quant au désir, pour le moment, supprime-le complètement. Car si tu désires une chose qui ne dépend pas de nous, tu ne pourras qu’échouer, sans compter que tu te mettras dans l’impossibilité d’atteindre ce qui est à notre portée et qu’il est plus sage de désirer. Borne-toi à suivre tes impulsions, tes répulsions, mais fais-le avec légèreté, de façon non systématique et sans effort excessif."

VIII "N’attends pas que les événements arrivent comme tu le souhaites ; décide de vouloir ce qui arrive et tu seras heureux"

XIV.2 "Tout homme a pour maître celui qui peut lui apporter ou lui soustraire ce qu’il désire ou ce qu’il craint. Que ceux qui veulent être libres s’abstiennent donc de vouloir ce qui ne dépend pas d’eux seuls : sinon, inévitablement, ils seront esclaves."

Epictecte Manuel

 

par Lukas publié dans : Réflexions
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Dimanche 11 décembre 2005

"Cette méthode stoïque de subvenir à ses besoins en supprimant ses désirs équivaut à se couper les pieds pour n'avoir plus besoin de chaussures"

Jonathan Swift

par Lukas publié dans : Réflexions
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Dimanche 11 décembre 2005

par Lukas publié dans : Esthetica corporis excitantis
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