je suis époustouflé par le commentaire que Rom1 m'a laissé... C de la haute voltige intellectuel... ca me manque la philo... je pense avoir tout compris... mais je me dit que toi Rom1 tu feras un excellent prof et un excellent philosophe, lisez la conclusion ( si vous ne parvenez pas à lire le milieu C pas grave on vous en feras grace) mais C édifiant... je dis que ca mérite doube dessert, un hourra de moi et un bisou sur la joue... ca fait un peu récompense moyen age... lol... la philo parfois G l'impression que C olus balèse que l'Histoire... mais C pas vrai C tout aussi passionant...
" Le destin... pouvait-on sérieusement penser que, malgré ma fatigue d'une dissertation de 7 heures et ma faim aiguë, je pourrais passer là, sans rien marquer ? Tttt, c'était bien mal connaître Romain (<= le mec qui se fait son délire personnel, faut pas chercher à comprendre)
Humhum (s'éclaircit la voix) ... Il me semble que ta conception du "destin" se rapproche un peu du concept de "Fortune" ou de la "tuchè" grecque, à savoir un principe plus ou moins aveugle qui fait passer les choses inexorablement mais dont a toujours la possibilité de saisir "l'occasion" pour la faire ou non pencher dans son sens.
Que penser "sérieusement" du destin ?
Il faut d'abord distinguer un destin téléologiquement orienté (à savoir une Providence qui aurait un but dont nous ne prenons quasiment jamais conscience et auquel nous particpons "malgré" nous - Providence et hégélianisme -) ou destin qui serait un déterminisme purement causal (à savoir tout se passe par la nécessité d'une cause, donc toute chose est telle qu'elle doit être de toute éternité, mais qui n'est pas orientée par rapport à une fin, mais qui déploie simplement une série causale infinie - vision plus spinoziste).
La première seulement semble caractériser ce qu'on entend traditionnelement par destin. La critique de cette conception est assez simple, elle consisterait à dire que l'homme agit en fonction d'un but et d'une fin. Si bien qu'il en vient à croire d'abord que la "cause" de son action serait cette fin. Ce qui est vrai dans un certain sens (c'est bien le motif qui détermine mon action) mais en revanche faux d'un point de vue de la cause efficiente (la cause de mon action n'est pas dans sa fin mais dans ce qui l'a causé : la faim quand je vais manger par exemple et non le steak tartare - vous vous demandez si cet exemple est arbitraire ? cf. plus haut pour de plus amples détails -)
Par contre, le délire commence - je dis bien dans cette perspective - quand on commence à assimiler notre manière d'agir en le plaquant sur le fonctionnement même de l'univers (laïcisation de la volonté divine). Comme je crois que la cause de mon action c'est la conscience de la fin qui se présente à moi, je transfers le même modèle sur tout ce qui m'entoure. Ainsi, je crois que les choses qui arrivent arrivent parce que ça sert mon intérêt, et je finis par tout interpréter en fonction de moi, comme si le monde était organisé pour réaliser au mieux mon existence; et même quand des contre-exemples manifestes se produisent c'est la faute à pas de chance. Le paroxisme étant le paranoïaque dont le délire interprétatif lui fait croire que tout ce qui l'entoure se passe en fonction de ses propres angoisses, attentes, envies...
Une fois que l'on commence à croire que tout est fait en fonction de soi, qu'est-ce qui coûte de faire un pas de plus, hein ? Si nous existons, c'est qu'un Etre infini supérieur a voulu créé un être à son image (nous) et cherche à réaliser sa fin à travers nous. Le monde a donc été créé en fonction de nous. Formidable.
On pourrait dire pompeusement qu'on transfert une finalité subjective dont on aperçoit pas la cause sur une finalité objective (le propre de l'anthropomorphisme).
En fait, nous n'en savons rien. Le destin est rationnellement très insatisfaisant, et la rationalité semble être plus convaincante que la superstition. Cependant faut-il en induire que n'est vrai que le rationnel ? Ce serait se donner pour acquis ce qui est par principe invérifiable, donc irrationnel. Antinomie.
Conclusion : nous avons en nous la possibilité d'être heureux pour peu que nous nous donnons l'occasion de l'être, et ce pouvoir dépend en grande partie de nous. Bien sûr, je n'ai pas de maîtrise sur toute chose, il y a de l'involontaire (être né, être mortel - coporellement) qu'il faut accepter pour être libre. Il est agréable que ce qui se passe autour de nous soit interprété comme un ensemble de signes bienfaiteurs ou inversement, ceci implique-t-il que cela en est la véritable cause parce qu'elle est plus plaisante à l'imagination ? La réponse est la suivante : selon que vous préférez imaginer ou rationnaliser vous aurez votre point de vue sur le destin.
Mais si vous êtes comme moi neutre, car vous avez autant de doute sur la capacité rationnelle que sur les autres facultés que nous possédons, et qu'elle n'est qu'un mode parmi d'autres que nous développons, alors le sens du destin reste ouvert et indécidable, jusqu'au jour où vous serez peut-être plus convaincu.
Maintenant, je peux manger en paix. Amen."
Commentaires